Togo : Robert Bakaï, un serviteur limogé par le régime RPT

 

 

 

 

 

La nouvelle victime est le procureur de la République près du Tribunal de première instance de Lomé, Robert Bakaï, un des farouches défenseurs du régime RPT au sein de l’appareil judiciaire togolaise. Ce dernier a été relevé de ses fonctions d’après un décret de nomination pris mercredi en Conseil des ministres. Et même si elle était pressentie, il faut avouer qu’elle n’a pas manqué de faire l’effet d’une bombe.

Ce n’est plus un secret. Le Conseil des ministres tenu hier mercredi 18 mai 2011 sous la présidence de Faure Gnassingbé restera sans doute gravé dans la mémoire de celui qu’il convient d’appeler désormais l’ex-procureur de la République. Et pour cause, c’est ce Conseil des ministres qui a scellé son sort. En effet, selon l’article 1er de l’un des décrets pris en cette occasion, Robert Bakaï Baoubadi, Magistrat de 2ème grade, deuxième échelon précédemment Procureur de la République près le Tribunal de première instance de première classe de Lomé, est mis à la disposition de la fonction publique.

Conséquence de ce décret, il vient abroger le décret N°2004-0066/PR du 17 mars 2004 portant nomination du Procureur de la République près le Tribunal de première instance de première classe de Lomé, qui a porté le Tout-Puissant Bakaï dans ces précédentes fonctions. Des fonctions qui lui donnaient tant d’ailes et lui permettaient de n’être jamais inquiété et d’être bien emmitouflé par le pouvoir en place.

On se rappelle encore de l’affaire Kpatcha Gnassingbé où ce dernier, ne trouvant pas d’éléments convainquant pouvant motiver l’arrêt du député, sans que son immunité parlementaire ne soit levée, s’est illustré de la manière la plus négative en parlant de « flagrant délit ». Ce qui d’après certains observateurs n’a pas été prouvé par après et qui fait constater qu’après deux ans, le dossier est au point mort, obligeant à la libération provisoire d’une dizaine des personnes arrêtées et torturées au jour le jour au niveau de l’ANR (Agence Nationale de Renseignement).

C’est également lui qui a taillé la procédure judiciaire qui a contraint le directeur général de Progosa Investment, Jacques Dupuydauby, à prendre la poudre d’escampette. Et jusqu’aujourd’hui, on ne sait pas ce qu’est devenu le mandat d’arrêt international émis contre le sulfureux homme d’affaires franco-basque. Il faut rappeler aussi les « brillantes démonstrations » faites par le Procureur Bakaï après la saisine du matériel informatique au Quartier général du Frac au Cesal.

Cette destitution, est-ce le prix d’un zèle excessif au profit du régime et qui entraîne parfois cet illustre personnage de l’appareil judiciaire togolais dans de flagrantes élucubrations et contorsions juridiques dans certains dossiers phares, à l’image du Kpatchagate ? Ou plutôt, une mesure de représailles contre celui que d’aucuns présentent comme ayant résisté à l’ordre du « prince » de fomenter un coup, disons plutôt un scénario pour appuyer l’inculpation de Sow Agba Bertin qui défraie depuis un bout de temps la chronique, comme il a su si bien le faire dans le dossier Kpatcha Gnassingbé ? Difficile pour l’heure de trancher.

Pour l’instant à Lomé et dans les milieux politiques qui se montrent très réservés pour se prononcer sur cette destitution, l’opinion semble partagée au sujet de ce qui peut expliquer la descente aux enfers de ce magistrat fort redouté et considéré par une bonne partie de l’opinion togolaise comme un cancer qui gangrène l’appareil judiciaire. Le premier courant met la destitution de ce flagorneur du régime à l’actif du vaste projet de modernisation de l’appareil judiciaire entrepris à coup de millions au Togo. Objectif, réussir une vaste opération « Mains propres » au sein de l’appareil judiciaire.

Mais comment le pouvoir que celui-ci servait aurait-il pu lui faire si subitement une telle volte-face ? L’on se demande dès lors s’il n’est pas temps que le régime saute le pas pour faire subir le même sort aux autres brebis galeuses qui font la pluie et le beau temps dans l’appareil judiciaire togolais ? C’est là en tout cas la limite de la première explication donnée à la destitution de Robert Bakaï, et qui conforte davantage la thèse qui ferait de lui une victime du système. Pour avoir refusé, laisse-t-on croire, de céder à l’ordre d’alourdir les charges qui pèsent déjà sur Sow Agba Bertin, l’autre « belle prise » de l’ANR, il aurait provoqué le courroux du chef de l’Etat qui aurait décidé de le mettre hors circuit et de le destituer pour le mettre à la disposition de la fonction publique.

En tout cas, c’est un nouveau signal fort lancé aux serviteurs du régime RPT qui doivent dès lors savoir qu’ils peuvent tomber à tout moment en disgrâce comme plusieurs de leurs prédécesseurs.

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